12 mai 2008

Prévisions divergentes des banques

Deux analyses sur l’évolution des prix dans l’immobilier sont produites par les banques en ce début de mois. Tout d’abord HSBC et ensuite le Crédit Agricole. Un point commun, « l’atterrissage en douceur » est (re)formulé. Banal, rien de nouveau.

Des divergences cependant ; HSBC banque internationale frappée par  les créances douteuses aux US dégrade plus volontiers les prix dans le neuf que dans l’ancien et de son côté le Crédit Agricole, plus franco français dans son analyse, perçoit une stabilisation dans le neuf et une dégradation de 5% dans l’ancien dans un scénario de crise financière maîtrisée (sans crédit crunch).

Au petit jeu des prévisions dans le marché immobilier résidentiel il importe de considérer l’élasticité des prix de vente et son corollaire le seuil critique en dessous duquel le vendeur ne souhaitera plus réaliser sa transaction (particulier ou promoteur) pour motif évident de perte.

Sur ce point l’immobilier ancien a une souplesse notable notamment en raison de la hausse sensible et continue des 10 dernières années. Imaginons un propriétaire ayant besoin de réaliser la vente d’un bien acquis il y a maintenant 4 ans ; sa plus value théorique pourrait être raisonnablement de l’ordre de 33% à 45% ; Il peut donc diminuer ses prétentions de 10% à 15% sans dégât (tout en tenant compte de l’érosion financière). Cette élasticité s’amplifie dans le cas d’une acquisition plus ancienne.

A contrario le promoteur ne peut user de cette faculté ; son prix de vente est issu d’une acquisition foncière, complété de coûts travaux (généralement en hausse) augmenté d’une marge d’entreprise. Sur un programme lancé (chantier en cours) l’élasticité attendue correspond à une érosion de la marge et peut rarement dépasser 2 à 3,5% sans mettre en difficulté l’opérateur qui généralement préfère voir ses délais de vente s’allonger que brader une opération (d’où les « cadeaux » concernant la cuisine ou des frais de notaire offerts).

Pour les programmes en pré commercialisation l’absence de vente reporte sine die l’opération et ouvre vers d’éventuelles renégociations de la charge foncière et du montant des travaux. Sur ce dernier point il existe, en effet, un seuil critique en dessous duquel les entreprises du bâtiment font le choix de réduire leurs coûts de production (participant ainsi à  l’atterrissage ) ; ce n’est aujourd’hui pas le cas les carnets des entreprises du bâtiment sont pleins. Dans un second temps, en cas de crise prolongée, l’on peut constater un écart grandissant de prix entre neuf et ancien ce qui a pour effet de créer un report partiel de choix du neuf vers l’ancien.

Ainsi la flexion des prix de vente en cas de crise s’effectue prioritairement dans l’ancien puis pour une moindre mesure et pour une période plus brève dans le neuf. De facto, la relance démarre dans l’ancien pour s’amplifier au travers des opérations neuves reportées.

L’immobilier (résidentiel) possède une inertie importante. Le logement est détenu majoritairement par des ménages ; ce n’est donc pas une valeur fluide d’échange, contrairement au marché boursier et les contractions du marché restent lentes, prévisibles et partiellement maîtrisables sauf en cas d’arrêt ou de hausse brutale des crédits. Par ailleurs ce marché bénéficie dans les périodes actuelles du désamour des élus pour le logement en particulier collectif ; un regard rétrospectif à l’échelle du siècle montre que le déséquilibre entre l’offre et la demande de logement a été permanent sur notre pays au motif principal d’absence de volonté de produire du logement en masse. Ce qui est rare est cher…cela offre ainsi aux vendeurs un soutien involontaire mais constant aux produits de qualité.

Le Crédit Agricole est donc nuancé et juste dans son prévisionnel. HSBC pour sa part aura tout loisir à réviser son analyse au travers ces engagements internationaux en particulier aux US ou l'assainissement de son portefeuille de crédits immobiliers reste à ce jour incomplet aux yeux de la communauté financière mais également en France où son périmètre d’intervention est aussi confus que son prévisionnel du marché immobilier.

24 avril 2008

Travailleurs sans papiers, la fin d'une hypocrisie?

 Ce blog n’a pas vocation de « faire de la politique » mais de relater et constater les anachronismes et les particularismes quotidiens du marché du logement en général et de la promotion immobilière en particulier.

En amont de la réception d’un immeuble il y a la vie du chantier. Trente logements en construction près de chez vous c’est trente emplois directs permanents sur l’ouvrage et au final plus de cinquante emplois en considérant les emplois indirects toujours plus nombreux (nous sommes contraints et envahis d’obligations diverses qui nécessitent l’intervention de nombreux bureaux d’études et ingénieurs).1598673955.jpg Pour le chantier la responsabilité pénale du maître d’ouvrage est réelle ; la surveillance et les contrôles sont permanents. Le « sans papier » est officiellement exclu de cette activité. Pour autant nous savons tous que des filières organisées existent et fournissent une main d’œuvre indispensable à la réalisation de nos opérations. Explication. Les marchés sont signés auprès de grands groupes nationaux (ils se reconnaîtront) ,qui, généralement délèguent 30% du marché à la sous traitance et 30% du marché à l’intérim (c’est presque devenu une règle de bonne gestion). Par le jeu des dilutions de responsabilités et des contrats délégués il n’est pas rare d’ouvrir la porte à des filières organisées de "salariés sans papier". Il s’agit généralement d’officines spécialisées à la durée de vie limitée qui ferment les yeux devant la copie de documents à l’authenticités contestables et qui « alimentent » prioritairement les sous traitants qui, eux même « alimentent » les majors. La boucle est bouclée, les cotisations payées et l’honneur sauf pour peu que ces hommes portent casques et chaussures de sécurité.43635642.jpg Personne n’ignore dans nos professions que cette main d’œuvre est indispensable. Ne pas faire appel à ces salariés serait un coup dur pour les entreprises du bâtiment qui ont de graves difficultés à recruter et tenir les délais. Il en va de même dans la restauration et d’autres métiers faisant appel à de la main d’œuvre peu qualifiée. Ces vrais faux salariés déclarés occupent une place dans l’économie nationale ; seule l’administration rivée sur les déclarations sociales exemplaires des employeurs peut l’ignorer. Des chefs d'entreprise  alliés avec des associations et la CGT font cause commune pour défendre ces salariés auprès des pouvoirs publics. C’est assez rare pour être souligné! Quelque chose est en train de se passer. La réalité c'est que les travailleurs sans-papiers contribuent à la richesse de notre pays depuis des années. Nous élevons leurs enfants dans nos écoles, leurs épousent fournissent de la main d’œuvre dans les secteurs de la santé, de l’hôtellerie (généralement avec des horaires décalés) voir de l’agriculture. La réalité c'est que le ministère du travail et le ministère de l’imm153739882.jpgigration font mine de ne pas le savoir. La réalité c’est que nos responsables politiques sont déconnectés du quotidien. Je les invite à ouvrir les yeux, à visiter nos chantiers, les cuisines des principaux établissements étoilés Parisiens, à vérifier qui gardent et entretien leurs véhicules en sous sol, qui soignent leurs mères dans tel ou tel établissement médicalisé…
Certes notre économie a besoin de cerveaux mais elle a également besoin de bras. Elle manque cruellement de candidats à l’emploi dans de nombreuses activités intérieures.
Peut-on continuer cette hypocrisie qui autorise nos plus grands groupes à délocaliser leurs métiers (centre d’appels au Maroc, industrie automobile à l’Est, informatique en Inde….) et interdire aux entreprises qui par essence ne peuvent se délocaliser à recruter la main d’œuvre nécessaire à leur développement.

Le bon sens exige la régularisation des travailleurs sans-papiers qui cotisent à l'assurance-maladie ou aux caisses de retraite et qui travaillent souvent durement. C’est, semble t’il, en bonne voie. Mais attention  ils sont plus de 600 à pouvoir prétendre à cette légitime reconnaissance. Ils ont tout mon soutien.

NB Une de ces illustrations issues de Google est un (très) mauvais exemple ; cet ouvrier ne porte pas de casque et surtout de lunettes de protection.La sécurité est négligée...et les risques hors proportion avec la tache à accomplir!