24 avril 2008

Travailleurs sans papiers, la fin d'une hypocrisie?

 Ce blog n’a pas vocation de « faire de la politique » mais de relater et constater les anachronismes et les particularismes quotidiens du marché du logement en général et de la promotion immobilière en particulier.

En amont de la réception d’un immeuble il y a la vie du chantier. Trente logements en construction près de chez vous c’est trente emplois directs permanents sur l’ouvrage et au final plus de cinquante emplois en considérant les emplois indirects toujours plus nombreux (nous sommes contraints et envahis d’obligations diverses qui nécessitent l’intervention de nombreux bureaux d’études et ingénieurs).1598673955.jpg Pour le chantier la responsabilité pénale du maître d’ouvrage est réelle ; la surveillance et les contrôles sont permanents. Le « sans papier » est officiellement exclu de cette activité. Pour autant nous savons tous que des filières organisées existent et fournissent une main d’œuvre indispensable à la réalisation de nos opérations. Explication. Les marchés sont signés auprès de grands groupes nationaux (ils se reconnaîtront) ,qui, généralement délèguent 30% du marché à la sous traitance et 30% du marché à l’intérim (c’est presque devenu une règle de bonne gestion). Par le jeu des dilutions de responsabilités et des contrats délégués il n’est pas rare d’ouvrir la porte à des filières organisées de "salariés sans papier". Il s’agit généralement d’officines spécialisées à la durée de vie limitée qui ferment les yeux devant la copie de documents à l’authenticités contestables et qui « alimentent » prioritairement les sous traitants qui, eux même « alimentent » les majors. La boucle est bouclée, les cotisations payées et l’honneur sauf pour peu que ces hommes portent casques et chaussures de sécurité.43635642.jpg Personne n’ignore dans nos professions que cette main d’œuvre est indispensable. Ne pas faire appel à ces salariés serait un coup dur pour les entreprises du bâtiment qui ont de graves difficultés à recruter et tenir les délais. Il en va de même dans la restauration et d’autres métiers faisant appel à de la main d’œuvre peu qualifiée. Ces vrais faux salariés déclarés occupent une place dans l’économie nationale ; seule l’administration rivée sur les déclarations sociales exemplaires des employeurs peut l’ignorer. Des chefs d'entreprise  alliés avec des associations et la CGT font cause commune pour défendre ces salariés auprès des pouvoirs publics. C’est assez rare pour être souligné! Quelque chose est en train de se passer. La réalité c'est que les travailleurs sans-papiers contribuent à la richesse de notre pays depuis des années. Nous élevons leurs enfants dans nos écoles, leurs épousent fournissent de la main d’œuvre dans les secteurs de la santé, de l’hôtellerie (généralement avec des horaires décalés) voir de l’agriculture. La réalité c'est que le ministère du travail et le ministère de l’imm153739882.jpgigration font mine de ne pas le savoir. La réalité c’est que nos responsables politiques sont déconnectés du quotidien. Je les invite à ouvrir les yeux, à visiter nos chantiers, les cuisines des principaux établissements étoilés Parisiens, à vérifier qui gardent et entretien leurs véhicules en sous sol, qui soignent leurs mères dans tel ou tel établissement médicalisé…
Certes notre économie a besoin de cerveaux mais elle a également besoin de bras. Elle manque cruellement de candidats à l’emploi dans de nombreuses activités intérieures.
Peut-on continuer cette hypocrisie qui autorise nos plus grands groupes à délocaliser leurs métiers (centre d’appels au Maroc, industrie automobile à l’Est, informatique en Inde….) et interdire aux entreprises qui par essence ne peuvent se délocaliser à recruter la main d’œuvre nécessaire à leur développement.

Le bon sens exige la régularisation des travailleurs sans-papiers qui cotisent à l'assurance-maladie ou aux caisses de retraite et qui travaillent souvent durement. C’est, semble t’il, en bonne voie. Mais attention  ils sont plus de 600 à pouvoir prétendre à cette légitime reconnaissance. Ils ont tout mon soutien.

NB Une de ces illustrations issues de Google est un (très) mauvais exemple ; cet ouvrier ne porte pas de casque et surtout de lunettes de protection.La sécurité est négligée...et les risques hors proportion avec la tache à accomplir!